La multiplicité aux pointus, la simplicité pour Mme Michu

Posted by Fred on July 09, 2012
humeur, internet, newtlds

Le débat est éternel. Et il durera probablement tant que durera l’informatique. Il est toujours possible de mieux faire les choses.
De les affiner, les améliorer et leur donner une puissance toujours plus grande. Il en est de même pour l’internet.

On pourrait le rendre encore plus libre, encore plus optimal avec l’ajout de racines alternatives. Les extensions ne seraient alors plus validées que par des opérateurs alternatifs, disséminés à travers le monde. Et il suffirait de changer ses paramètres de réglage de navigation pour aller sur le .massilia (site des indépendantistes marseillais) ou sur un .tibetlibre. Une multiplicité de possibilités s’ouvre alors, et il devient donc inutile de payer à l’Icann la somme de 185 000 dollars par extension.

Le système dns serait alors libéré du joug américain, de l’Icann et de la mainmise des entreprises qui composent une grande partie de ses constitutions.

Est ce donc la liberté enfin atteinte ?

Je ne le crois pas.

Certes, l’Icann possède de grandes marges d’amélioration, mais ce modèle collaboratif entre utilisateurs, entreprises, propriété intellectuelle, gouvernements, à grande échelle est une richesse qu’il ne faut pas gâcher. Un melting pot d’énergies et de cultures. De lobbies et d’inceste parfois aussi. Mais il est largement préférable à toute émanation d’un grand corps malade incapable de prendre une décision, même lorsqu’il s’agit de sauver des vies humaines.

A l’instar d’une version beta qu’il faut laisser maturer et se libérer de la mainmise de ses parents, l’Icann évolue, se forme, grandit et s’émancipe. Pensez vous, le CEO parle français désormais. Il doit atteindre un caractère supranational, garder sa capacité d’action mais conserver le balancier du GAC et de sa lenteur diplomatique pour éviter tout emballement, mais permettre des accélérations temporaires pour avancer vers l’inconnu sans entraves et laisser un champ fertile mais cadré à la disposition des innovateurs.

De plus, l’unicité de la racine Icann n’est elle pas un compromis de simplicité qui évite la balkanisation de l’internet ? Internet aurait il percé si ce que les internautes voyaient dépendait de leur FAI ? Madame Michu aurait-elle pu adopter une technologie aléatoire, dont le paramétrage doit être re-règlé à chaque voyage ?  Grandes questions. Mais la principale interrogation qui me travaille, en tant qu’être humain, est la suivante.

Je suis un supporter de la liberté d’expression. Mais je peux reconnaitre qu’elle a ses limites, notamment en fonction des cultures, des lieux. Mais à supposer d’un opérateur de racine s’établisse dans un pays peu regardant, n’y a-t-il pas un risque de voir surgir des extensions susceptibles de servir des desseins douteux ? Un .hitler ou un .alqaida par exemple. Un .mafia avec des plugins de blanchiment. Et dans ce cas la, impossible d’agir. La où les processus Icann obligent à un minimum de consensus, la multiplicité des racines verra apparaître des racines moins scrupuleuses. Comme pour les autorités de certification SSL, comme pour les auto-écoles, sans un minimum d’accréditation et de coordination, on prend des risques …

Avons nous envie de les faire courir à l’utilisateur ? ou de rester unis et d’améliorer le système actuel ? Avons nous envie de faire grandir une fracture numérique basée sur ceux qui savent régler leur racine et ceux qui ne savent pas ?

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